Ce mercredi sort le nouveau roman de l'écrivain encore trop méconnu Célestin Diabangouaya. 'Les Tontons frimeurs de Brazzaville', un roman étonnant, flamboyant sur la diaspora congolaise, ses rites qui ne cessent nous surprendre. En le lisant, on 'entend' la musique au gré des pages.
Et justement de musique, il en est question, l'écrivain nous confie quelle est sa playlist du moment.
En ce moment j'écoute beaucoup de choses, cela dépend si je travaille ou pas. Quand je suis à mon bureau, je suis beaucoup avec Ludovico Einaudi, toute sa playlist, il y a l'album Una mattina, sur spotify. Quand je mets des chansons avec les paroles, cela me distrait. Là au moins c'est juste du piano, du post-classique, cela me suffit.
Quand je fais du travail plus 'léger', je fabrique une playlist de morceaux favoris. J'écoute un peu de rap de Lil Wayne, Mirror, qui m'inspire beaucoup, le clip qui accompagne cette chanson est vraiment génial.
J'ai redécouvert un petit peu les classiques africains. J'écoute beaucoup Madilu System, avec la chanson Ya Jean, que j'écoute en boucle. Grand frère Jean en lingala. Ya est l'abréviation de Yaya, qui veut dire grand frère. Dans beaucoup de chansons de Madilu System, il est question de cette Afrique un peu perdue dans la religion, trop présente. Pour Madilu Systerm, c'est une fausse foi, un peu tordue, qui a court-circuité le développement africain...je suis né d'une famille très croyante, très protestante, et je trouve que mes contemporains utilisent la religion comme prétexte pour ne rien faire. Avec cette expression : Dieu va faire grâce. Non : Dieu va faire grâce si tu te bouges ! Je suis sur la même ligne que Calixte Beyala qui explique que la religion porte atteinte au développement africain. Les églises du réveil qui pullulent partout avec de faux pasteurs mais de vrais escrocs sont un vrai problème.
J'écoute aussi une artiste qui travaille avec Koffi Oloumide, elle s'appelle Cindy Lecoeur, notamment sa chanson Université, un chef d'oeuvre. Avec la bénédiction de Koffi, un personnage compliqué à saisir, mais il produit des choses intéressantes à écouter.
Franco de TPOK Jazz, il chante vraiment, c'est les années 70/80. C'est sur ses chansons que j'apprends à redanser la rumba avec Madame. Ce ne sont pas des chansons politiques, mais ça me permet de me replonger dans la sociologie des familles africaines. Franco sait tous les petits problèmes qu'il y a dans les familles, les foyers, les familles polygames, c'est une matière pour moi. Franco le fait très bien. A l'époque je snobais un peu tout ça, j'avais autre chose à faire, et comme j'étais marxiste et que Franco était écouté par les hommes politiques qui ruinaient le pays, je n'aimais pas mais c'est quand j'ai quitté le Congo que j'ai réalisé la valeur sociologique de ces chansons.
J'écoute Dire Straits, dont 'Brother in Arms'. Peut-être car je suis saturé par la guerre. J'entends trop parler de guerre autour de moi. .
Et puis j'écoute Radio Classique, qui invite des économistes, des sociologues mais pas d'hommes politiques, cela nous évite les éléments de langage.
Ah et surtout, celui que j'écoute tout le temps depuis 1980. J'écoute Bob Dylan. A mes étudiants, je leur disais Bob Dylan should be your teacher too. Il occupe 75 pour cent de ma discothèque ! Il dit que ses chansons ne sont pas militantes. Et pourtant il a une capacité de disséquer la nature humaine qui est vraiment phénoménale comme la description de l'assassinat de JFK. Ses chansons ne vieillissent pas. Ses chansons sont d'une grande efficacité. Sans jamais dire qu'il fait de la politique. C'est mon compagnon de route, quelque soit la chanson.
La musique classique je l'ai découverte grâce à ma foi. La musique sacrée d'abord, Haendel jusqu'aux Requiem de Fauré.
Le premier livre que j'ai essayé d'écrire, c'était des notes compilées depuis mon séjour au Gabon, j'avais mis énormément de titres de musiques et ça faisait des notes de bas de pages. Ma femme Patricia m'a dit de mettre moins de références musicales. Le roman Les Tontons Frimeurs, évidemment, quand je l'ai écrit, il y avait de la musique en fond, je ne peux pas écrire sans musique. C'est ce qui explique pourquoi le lecteur a l'impression d'entendre de la musique tout en me lisant.
Les Tontons Frimeurs de Brazzaville, disponible sur Amazon.


Toujours aussi éclectique, inclassable. Et pourquoi pas, les émotions artistiques sont indéfinissable, difficile de trouver des liens entre Cindy le Cœur et Dire Straits, je suis exactement comme toi, je peux passer de Zaiko à David Bowie, ainsi va la vie.
RépondreSupprimerMon ami et frère Alexis, toujours percutant et lumineux. Mais Dire Straits et Cindy chantent l'amour. La profondeur n'est pas la même mais le sujet est le même. Et puis le beau et l'esthétique frappent l'auditeur, que l'on écoute Mark Knopfler ou Cindy le cœur. C'est le miracle de l'universalité des choses, mon frère.
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