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samedi 22 juin 2019

Entretien avec Isabelle Serrand & Wolfgang Pissors 'Berlin en Seine'



Il ne reste plus que 3 dates au moment où nous écrivons ces lignes : la pianiste Isabelle Serrand et le chanteur Wolfgang Pissors ont accepté de répondre à nos questions sur leur spectacle Berlin en Seine. Dernières dates  : 22, 23 et 29 juin, Théâtre de l'Essaïon.



Isabelle Serrand,comment a eu lieu la rencontre avec Wolfgang Pissors ?

A l'occasion d'une représentation de l'opéra de quat' sous, à laquelle participait aussi mon amie Ariane Dubillard, sous la direction de C.Schiaretti. Nous avons bu une bière ensemble...et nous sommes revus lors de soirées amicales où nous chantions ou jouions pour le plaisir : Wolfgang chantait Kurt.Weill et moi je jouais des musiques écrites pour Roland Dubillard ou des chansons de Prévert/Kosma et Christiane Verger, entre autres.



Votre spectacle nous fait redécouvrir Brecht, Prévert, Kosma...vous sentez-vous décalée par rapport au tout venant culturel actuel ?

Décalée, non, car je pense profondément qu'il s'adresse à l'auditeur contemporain, y compris à un public de jeunes. La question de la modernité n'est pas un problème pour moi, la qualité d'une oeuvre la rendant intemporelle, en tout cas échappant justement aux modes. Le problème ne vient pas du programme lui-même, mais des choix esthétiques dominants, actuellement, de la part des institutions, pour privilégier certains styles musicaux pour des raisons peut-être plus politiques qu'artistiques...

Je trouve dommage d'opérer un clivage entre modernité et passéisme : la question n'est pas là.


Peut-on s'attendre des nouvelles dates ou le 22, 23 et 29 juin sont les dernières ?

Nous avons des propositions mais pas de dates précises encore. Nous avons envie de travailler avec les collèges et lycées, IUT, classes préparatoires, tout public de jeunes. Essaïon nous fait des propositions pour nous reprogrammer l'année prochaine.


Wolfgang Pissors, avec votre regard allemand, trouvez vous que la réputation de Paris comme LA  ville culturelle dans le monde est toujours justifiée ?

Paris était, et est toujours un lieu de rencontre pour les artistes du monde entier. C’est incontestable. C’est aussi la raison pour laquelle j’étais attiré par cette ville, après un crochet par Londres. C’est aussi le thème de « Berlin en Seine », la rencontre, l’exil,  les retrouvailles et les beaux fruits qui naissent de ces rencontres et inspirations mutuelles des différentes cultures. 

Le  public vient et revient vous voir sur scène, avez-vous des retours des gens après les spectacles ? 

Oui, il y a des spectateurs qui reviennent plusieurs fois voir le spectacle. Ce répertoire est tellement riche et enrichissant, toujours actuel à mes yeux et ‘hors des modes’. Les spectateurs jeunes sont étonnés par l’importance des textes et la beauté de cette musique, qu’ils ne connaissent souvent plus. J’ai vraiment de la chance de pouvoir chanter ces textes accompagné d’Isabelle Serrand, qui est formidable, une artiste et musicienne exceptionnelle. Oui, je suis ravi que la proximité avec le public de la Salle Cabaret du Théâtre Essaïon permette une rencontre après le spectacle, fut elle brève, c’est toujours un moment fort, et souhaité.

lundi 19 novembre 2018

Entretien avec VINCENT AHN sur son nouveau spectacle 'MADAME'



C'est ce qu'on appelle une bonne nouvelle. Vincent Ahn, trop rare sur scène revient à l'Atelier du Verbe le 1er décembre mais cette fois-ci pour un nouveau spectacle intitulé MADAME. La page 'La Danse des grues' (nom du spectacle précédent) semble tournée.

Pourquoi êtes-vous si rare sur scène ?

Bonjour, effectivement cette observation, remarque, constatation m'est souvent rapportée. Il y a une raison "historique" à cela, qui est que je suis présent sur scène et dans la musique de manière plus générale depuis 5 ans seulement. Avant cela je ne m'étais jamais imaginé sur une scène. Encore moins pour chanter. Encore moins écrire une chanson. Ma carrière d'artiste a débuté de façon aussi inattendue que surprenante et je n'ai jamais consacré toute ma vie et tout mon temps à cela, la bascule n'en n'aurait été que trop brutale je pense. Il y a donc cette crainte oui bien sûr. Cette angoisse de se lancer corps et âme dans quelque chose de nouveau et d'inconnu. Même si dorénavant ce désir d'être de plus en plus présent sur scène m'apparaît comme une évidence. D'autre part la scène n'est en rien pour moi quelque chose qui me permet de "couper" avec ma vie. Ce n'est pas une parenthèse ni un défouloir. Il s'agit de la représentation de ce que je suis. Discret, réservé, parfois introverti. Je ne me suis jamais imaginé enchaîner beaucoup de dates sur de très longues tournées.

Qu'attendez-vous de ce nouveau spectacle ?

Je suis un adepte maladif du vouvoiement. Un réflexe, au premier abord. Même des personnes plus jeunes que moi. Ainsi j'ai appelé "Madame" un bien grand nombre de femmes qui en furent étonnées, amusées. Et parfois aussi vexées ou blessées. Je pense à Madame Martine, à Madame Hameau, Madame Catherine, Madame Julie ou Madame Geneviève. Je les appelais ainsi. C'était pour moi une forme de respect. Ce sont des personnes, toutes, pour lesquelles j'ai une estime profonde et sincère. J'avais besoin d'exprimer cela. J'en avais l'envie. Ce spectacle, comme ceux d'avant et ceux qui viendront je le pense, doit me permettre cela. De me confier. D'exprimer toute cette part de moi. Il y a beaucoup de chanson "hommage" dans "Madame". Pourtant "Madame" n'est en rien un spectacle hommage aux femmes ou à qui que ce soit. Comme les contes de la rue Brocca. C'est un ensemble d'histoires qui pourraient se passer dans le même quartier.

Au final, que représente la chanson pour vous ?

                               J'ai découvert que la chanson était comme un langage, un
moyen d'expression que je n'utilisais pas et qui était pourtant là, à portée.
Une façon de m'exprimer. Et j'ai rencontré tellement de gens dans ma vie qui
discussions. Et il m'a semblé que la plus belle façon de raconter ces
m'ont interpellé et touché par des phrases, des scènes, des anecdotes ou des
rencontres à mes yeux était la chanson. Lorsque les choses sont dites,
j'ai trouvé que c'était la plus belle façon de le dire. et pour raconter des
racontées ou relatées en chanson, c'est pour moi toujours plus beau plus clair
et plus convaincant. Un jour on m'a dit "je t'aime" en chuchotant. Et
histoires donc, et bien pour moi ce serait en chanson.


'MADAME'
1er décembre
21h00
Atelier du Verbe
Paris
réservations : billetreduc, par téléphone ou mail


jeudi 22 juin 2017

Le cabaret LE MAGIQUE ferme ses portes

Le Magique, institution de la chanson française ferme ses portes le 24 juin. Ce lieu dirigé par le talentueux chanteur Marc Havet et célèbre jusqu'en Nouvelle-Zélande a vu passer depuis 1981 toute une foule d'artistes, chanteurs, poètes, écrivains, peintres. Ci-dessous, un dessin signé Anne-Cécile Makosso-Akendengué pour souligner l'importance de ce lieu dans la culture.



vendredi 4 mars 2016

Interview du chanteur Vincent Ahn à l'approche du 5 mars


Le 5 mars, le talentueux Vincent Ahn se produira au Théâtre du Gouvernail, à Paris. Un chanteur sensible, lucide et décalé à la fois.
Bonjour Vincent Ahn, pourquoi 'La Danse des Grues' ?
La danse des grues tient son nom d’une danse réalisée par les athéniennes lors du retour de Thésée suite à sa quête qui a conduit à vaincre le minotaure. Le principe est qu’une danseuse réalise un pas de danse et que les autres l’imitent. J’ai voulu me servir de cette image pour évoquer l’organisation de la société, ou chacun doit emboîter le pas à l’autre et suivre le mouvement. C’est aussi le titre d’une de mes chansons qui évoque les états d’âmes d’un homme riche qui explique à une petite fille d’un pays pauvre pourquoi il ne viendra pas la sauver alors qu’il pourrait. Il lui avoue être pris dans le train train quotidien, la récurrence, et suivre un modèle bien défini dans notre société. C’est aussi pour cela que la musique est écrite sur du 3 temps, pour accentuer cette notion de « train train ».
Vous n'avez pas encore sorti de disque mais vous chantez souvent sur scène ici et là, qu'est-ce qui vous a conduit à la chanson ?
J’ai longtemps été fan de Hip-Hop et de Rap, notamment Snoop Dog, Dr Drey, Eminem, Coolio. Ou j’écoutais beaucoup Mary J. Blige, I Am et The Fuggees. Puis il y a 3 ans j’ai découvert le jazz d’abord, par hasard. Le jazz , notamment Armstrong, Molly Johnson, Annie Ross ou Nina Simone, ça m’a véritablement ouvert à la musique, puis j’ai continué ma découverte et suis tombé amoureux fou de la chanson française. J’ai commencé par Frehel, Lucienne Boyer, Jacques Brel, Renaud… Puis un jour j’ai pris un cours de chant, et ma prof Yo de Syve m’a conseillé d’écrire : j’ai écrit la danse des grues en rentrant chez moi. Aujourd'hui l’original du texte de la chanson est chez elle sous un cadre. Peut-être pas accroché, je ne sais pas mais j’en suis très fier. Puis tout s’est enchaîné… l’écriture d’une quarantaine de chansons puis la scène… La première c’était au Magique chez Marc et Martine Havet, depuis je n’ai jamais arrêté et je compte bien continuer.
Quels sont vos projets pour cette année ?
Un seul mot ; « Album »… j’aimerais sortir ce premier album en fin d’année, avec 12 titres. Et puis continuer d’aller un peu partout en France pour faire voyager mes chansons.
Merci !
C. de Montagu

http://www.vincentahn.com/ (site officiel, à découvrir)


dimanche 10 janvier 2016

Entretien avec la chanteuse Clémence Savelli, Cendrillon des temps modernes...



La première parisienne le 26 septembre dernier de ''Cendrillon deviendra grande'' ayant eu un joli succès, la chanteuse Clémence Savelli prolonge pour notre plus grand plaisir son spectacle le 6 février et le 12 mars au Théâtre du Gouvernail. Entretien bref mais riche avec une artiste qui nous parle de liberté...



Vous présentez un nouveau spectacle depuis la rentrée 2015, intitulée Cendrillon deviendra grande. Pourquoi Cendrillon ?

Cendrillon est le Disney que j'ai vu des tas de fois enfant, et dont j'adorais les chansons. Donc, la première raison, c'est un lien avec mon enfance grâce au fil conducteur du spectacle, qui est l'histoire de Cendrillon.



La seconde raison, c'est qu'en dressant la liste des nouvelles chansons, je me suis aperçue qu'une grande partie traite de la condition des femmes, sous des angles différents. Donc c'est un lien et un clin d'oeil au complexe de Cendrillon en psychanalyse, qui expose l'idée que certaines femmes ont le désir inconscient d'être prises en charge, et craignent l'indépendance. Parce qu'on ne les a justement pas conditionnées à cela. Je revisite donc le conte à la sauce féministe.





Le public découvre avec plaisir que vous êtes capable aussi de nous faire rire, l'humour dans certaines chansons est-il nécessité ?

Une nécessité, je ne sais pas. Disons qu'il y a une image de chanteuse un peu maussade ou torturée qui me poursuit parce que les gens ont souvent résumé mon répertoire à des titres qui ont plus marqué les esprits comme Chômeur ou Léon etc, alors que j'ai beaucoup de titres, même dans mes premiers albums, qui étaient assez légers. Et il se trouve que je suis plutôt pleine de vie et j'aime rire ! Donc ce spectacle est certainement plus à mon image que les précédents. Je me sens plus libre.




Il y a un vrai amour entre vous et les gens qui viennent vous voir à vos concerts depuis vos débuts en 2006, en avez-vous conscience ? Quelles sont vos attentes par rapport à ce nouveau spectacle ?

Je commence un peu à prendre conscience de tout ça. Disons que je travaille sur la confiance en moi. J'ai eu jusqu'à présent, il est vrai, de bons retours du nouveau spectacle, et des gens me suivent depuis mes débuts. Je n'attends rien de particulier. C'était un challenge pour moi de monter un spectacle seule, ayant toujours été accompagnée par un pianiste auparavant. Donc j'ai de simples attentes : me faire plaisir, partager ce plaisir, toucher ceux qui se seront déplacés.


Merci !


Propos recueillis par C. De Montagu

PROLONGATIONS
6 FEVRIER – 12 MARS
THEATRE DU GOUVERNAIL
21H00
5 PASSAGE DE THIONVILLE
75 019 PARIS
Métro : Laumière / Ourcq / Crimée
Bus : Ligne 60 Laumière Info 
Tarif plein : 15 euros
Tarif réservation / BilletReduc /TDS : 12 euros
Tarif chômeur /RSA : 10 euros / Infoline : 06.16.13.98.32 



dimanche 18 mai 2014

Interview avec la chanteuse Pascale Locquin



Interview avec la chanteuse Pascale Locquin
Lundi 12 mai 2014, Paris.


Pascale Locquin a arpenté les cabarets de Paris et d'ailleurs en France dès 1985. En 1995 sortait son album 'Attention...pas...Sage !' Chanteuse de scène, au répertoire décalé, ciselé, évoquant aussi bien Colette Magny que Catherine Le Forestier, l'auteure de 'C'est tout lune' inaugurera en 2015 trente années de vie musicale, hors des sentiers battus. Echanges avec la chanteuse, ancienne handballeuse (encore maintenant, elle tient à son footing régulier), à l'approche de son concert au mythique cabaret Le Magique, le 24 mai.

***

Bonjour Pascale, il y a quelque chose qui me fascine dans ton parcours, comment passe t-on du sport à la chanson ?

Le sport et la chanson, c'est un peu lié. Quand j'étais adolescente, je me disais que je ferai du sport d'abord et que je chanterai après (rires). Depuis toute petite, j'aime chanter et j'aime le sport, c'est une école de la vie pour moi. J'ai toujours été quelqu'un de très physique. J'ai fait de l'athlétisme 800 mètres, j'ai été championne régionale d'espoir Champagnes-Ardennes. J'ai fait presque toutes mes études à Troyes. Au lycée, j'avais une guitare...

J'étais de 1979 à 1982 dans l'un des plus grands clubs de handball féminin. Gardien de but. A Troyes j'ai connu Jean-Marie Bigard, ailier de l'équipe Handball masculine, son frère Jean-Pierre était gardien de but. C'était une grande période, on faisait la fête, tout ça, le monde du sport est un peu protégé, c'est aussi une école de la Vie. Après Troyes, je suis partie à Paris jouer à l'ASPTT (Association Sportive des P.T.T).

A quel moment tu as quitté ce monde-là ?

33 ans. J'ai arrêté à 33 ans. La chanson, le sport, ce sont deux passions que je voulais mener à bien. J'ai commencé à chanter dans les restauants, les petites salles de spectacles.

Dans ton parcours, ta rencontre avec la chanteuse Catherine Le Forestier a été déterminante, semble t-il, tu lui a même dédié la chanson 'Femme pas très faux cils'...

Je suis allée voir Catherine Le Forestier à son spectacle, à Paris, c'était en 1984. Je suis allée la voir après, j'ai discuté avec elle. Cela m'a permis de faire le point, de savoir pourquoi je chante, comment on construit un spectacle, etc. Il faut dire qu'elle sortait des sentiers battues.

Et tu t'es vraiment lançée...

Oui, je me suis retrouvée dans pas mal de festivals, parfois sans m'y attendre. Par exemple le fameux festival d'Artigues, qui n'existe plus, mais qui était très important dans le milieu chanson...

Un peu comme le festival de Barjac maintenant ?

On peut le dire, oui. Le public pouvait être très dur. Moi j'y ai chanté. Il y avait Gilbert Lafaille dans le public. Les festivals, oui...c'est important...après si tu n'as pas de structure derrière toi, c'est difficile. Je suis toute seule avec ma guitare, mon téléphone, mon stylo. Je n'ai jamais eu de label.

Qu'est-ce que signifie chanter pour toi, justement ?

L'acte de chanter, c'est la transmission d'une émotion, à travers les notes, les musiques. C'est se mettre à nu. Un jeu narcissique, même quand on ne parle pas de soi directement. Faut être un peu égocentrique pour monter sur scène, je n'échappe pas à la règle. (rires).

Et l'inspiration, comment vient-elle ?

J'écris quand je sais que j'ai quelque chose à dire. Si j'ai rien à dire, je préfère me taire. Et quand j'écris, c'est pratiquement d'une seule traite.

Ton premier album est sorti en 1995...

Oui. Je me suis dit 'Pascale, si tu fais pas de disque avant 40 ans, t'arrêtes tout !' (rires). J'ai eu l'occasion de le faire. Le titre Attention pas...sage ! C'était un clin d'oeil à celles et ceux qui disaient que j'étais un pitre.

Dans ton répertoire, quelles sont les chansons qui, tu penses, marquent les gens ?

Femme pas très faux cils...C'est pas Christ. C'est tout lune. Oui, on peut dire que les gens qui viennent me voir en spectacle sont marqués par ces chansons.

Et toi, personnellement s'il y a une chanson que tu devais emmener sur une île déserte ?

Je les aime toutes. Je prendrais mon recueil.(rires) Dans mon répertoire, je dois avoir...300 chansons...sur scène, j'en ai déjà chantées les trois quart. Ce sont des chansons précieuses, des tranches de vie auxquelles je tiens.

Il y a une chose...plus intime, je dirais, dont je voulais un peu parler, tu es une femme qui aime les femmes, est-ce quelque chose que tu as abordé dans tes chansons ?

Oui. N'hosto ou tard. Chantée sur scène. Elle fait référence à une relation amoureuse entre deux femmes, une médecin et sa patiente.

Et justement, quel regard as-tu posé sur les manifestations contre le mariage pour tous ?

Je ne veux pas être cataloguée chanteuse homosexuelle, même si j'ai chantée dans des soirées homos. Je ne veux pas rester coincée là-dedans. Mais ceux qui défilent contre le mariage pour tous...c'est la haine, c'est...l'horreur...ces gens ne m'inspirent pas. Je n'ai pas envie de parler d'eux. Ce serait gaspiller de la salive. Il y a d'autres combats à mener.

Je comprends. Des combats...et des projets, côté projets, qu'envisages-tu ?

J'ai écrit un projet culturel et sportif, j'aimerais qu'il y ait quelque chose qui se passe. Je chante le 24 mai au Magique. J'espère enregistrer un disque bientôt.

Comment as-tu découvert le Magique ?

A l'occasion d'une soirée que donnait la chanteuse Nathalie Solence et le guitariste Claude Gaisne. Ils invitaient des artistes dans le cadre d'une scène ouverte. Marc Havet (n.b : chanteur et patron du Magique) m'a proposé de venir y chanter par la suite. Et maintenant depuis 3 ans, chaque année j'y chante.

Et ils seront nombreux, je le souhaite, le 24 mai à t'applaudir. Merci, Pascale Locquin pour cette interview.

Merci à toi.

***

Dehors il pleuvait, il ventait. Nous avons continué à papoter de choses plus informelles. Chanteuse qui écrit ses textes et ses musiques, Pascale Locquin aime l'humour, n'aime pas trop les voyages (si ce n'est les voyages intérieurs), mais apprécie la Bretagne, la région du Sud-Ouest. Elle aime la cuisine du terroir. Musicalement, elle peut être éclectique, adore Véronique Pestel, Anne Sylvestre, Catherine Le Forestier, apprécie beaucoup Maxime Le Forestier, Michèle Bernard, Catherine Lara, Serge Reggianni, Allain Leprest, Louis Capart, dans les jeunes générations, aime bien Agnès Bihl, Virginie Seghers, Jann Halexander, Indila.

Pascale Locquin, c'est une voix reconnaissable, inimitable et chacun de ses concerts sont l'assurance d'un beau moment de complicité, de chaleur, comme quand on retrouve une amie avec qui parler de tout, du temps qui passe, bref, de nos vies.

En concert le 24 mai, au Magique, 42 rue de Gergovie, 75 014 Paris. Métro Pernety, ligne 13. http://www.aumagique.com

En attendant le nouvel album, le premier album sera bientôt disponible sur toutes les plates-formes de téléchargement légal.

Chansons sur disque à ce jour :
C'est pas Christ
C'est tout lune
Duchesse y penser
Enterrons le H de guerre
Femme pas très faux cils
Les 3 grâces
Les sens de la vie
Medic'amant
Mediocre cite
Mouche à chaud
Naissance d'un cri
Temps regretemps



C.D.M


L'Ombre Leprest en 2014 [par le chanteur Jann Halexander]



L'Ombre Leprest en 2014 [par le chanteur Jann Halexander]


Que signifie Allain Leprest pour les générations actuelles de jeunes chanteurs, chanteuses qui 'errent' dans le métier ? J'ai le sentiment qu'il y a deux façons d'appréhender cet artiste : l'ignorer purement et simplement. Soit se pencher sur son parcours, sur sa pensée, son rapport au monde, aux gens, à la culture, à l'argent, au temps, au succès, au non-succès.

C'est important d'en parler car s'il y a un style Leprest – phrasé, choix des mots, posture scénique- il y a aussi une pensée Leprest. Pour en avoir discuté avec des collègues nés dans les années 80, comme moi, cette pensée nous a permis, permet encore de servir de balise, peut-être même de bouée. Il n'y avait rien d'héroïque dans son détachement par rapport au vacarme médiatique, aux injonctions de l'applaudimètre et autres bling-bling du show-biz. Il était ainsi, détaché de tout cela mais investi par ce qu'il chantait. Il n'aurait rien pu faire d'autre, même au fond d'un gouffre. Je ne sais pas si son répertoire est intemporel, et là n'est peut-être pas la question, peut-être que dans quelques années, on dira que ses chansons ont mal vieilli, c'est une possibilité. Mais il y a une ombre Leprest qui plane sur la chanson. Cette ombre n'est ni écrasante ni bienveillante, elle est là, tout simplement.

J'ai donné quelques cours de chant et je me suis retrouvé également dans une drôle de position face à des débutants qui voulaient des conseils sur comment devenir chanteur, que faire pour construire son chemin. Quand c'est comme ça, je leur dis de s'intéresser à Allain Leprest et Anne Sylvestre. Après peut-être il leur sera plus facile de savoir ce qu'ils veulent, ils choisiront leur 'camp' en connaissance de cause. Mais au moins qu'ils voient qu'il est tout à fait possible de durer à l'écart des top 50, des charts, des tapis rouges, des télés, de l'univers people. Libre à eux de préférer les paillettes, ce n'est certainement pas moi qui vais juger cette attitude.

Rien ne me parlait chez Allain Leprest pendant longtemps. J'ai failli passer à côté. Dans la communauté LGBT* dont je fais aussi partie, une communauté qui a sa propre culture, variée, jugée parfois hermétique, mais en tout cas identifiable, son nom ne parle pas à la plupart des gens qui aiment la chanson française. Guidoni, Barbara, oui, lui, non, rien. C'est un chanteur, point barre. Je suis incapable de m'identifier aux personnages de ses chansons, je n'arrive pas à saisir son désespoir écorché. Je l'ai vu sur scène, grâce à un ami qui a insisté. Qu'on aime ou pas, il se passait quelque chose, c'était troublant. J'ai vu un franc-tireur de la chanson. C'est ce qui m'a plu. Sa vie, flamboyante, est celle d'un franc-tireur, amoureux des mots, des notes, sources de transcendance.

Sa mort m'a fait un choc. Mais elle a aussi suscité plus que jamais en d'autres artistes et moi, le besoin, fou, réel, de non pas reprendre le flambeau, mais de montrer que crise, pas crise, médiatisation ou pas, succès ou échec, il était possible de continuer son chemin, faire sa route de chanteur. Il n'y a pas de mode d'emploi du bon chanteur, toutefois il y a des destinées qui doivent nous faire réfléchir, afin de mieux savourer le présent et avoir un peu moins peur de l'avenir. La destinée Leprest invite au détachement.



Auteur, compositeur, interprète, comédien réalisateur, Jann Halexander chante depuis 2003 en France, Belgique et en Allemagne. Né le 13 septembre 1982 à Libreville (Gabon), l’artiste franco-gabonais, pianiste, petit-neveu du chanteur gabonais folk Pierre Akendengué, compte quelque chansons-clés à son actif : 'A Table, 'Il est minuit Docteur Schweitzer', 'Aucune Importance'. Essentiellement artiste de scène – il a fêté ses 10 ans de carrière à l'Auguste Théâtre, Paris en 2013- il a sorti de nombreux albums et de films expérimentaux et ses œuvres chantées ou filmées sont cités dans des ouvrages universitaires. Son dernier album, 'Un bon chanteur est un chanteur mort' aborde la condition de l'artiste et évoque en filigrane la figure de Leprest, parmi d'autres artistes, méconnus et disparus trop tôt.



*LGBT : Lesbienne – Gay- Bisexuel(le) – Transexuel(le).

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