Le 6 avril, la chanteuse gabonaise Tita Nzebi remonte pour la troisième fois sur la scène du Café de la Danse. Elle y défend son nouvel album 'From Kolkata'
Bonjour Tita Nzebi, certains disent que
vous êtes un peu dans la lignée d'une Myriam Makeba ou d'une Angélique Kidjo,
qu'en pensez-vous ?
Je pense que j’ai encore beaucoup de chemin à parcourir avant d’atteindre
le niveau de ces grandes dames en termes de notoriété et de carrière. Mais
c’est un honneur d’être classée dans cette lignée-là. Cela prouve que mon
travail a un certain potentiel.
Qu'est-ce que cela signifie de monter sur
une scène pour vous en 2019 ?
Monter sur scène en 2019, au Café de la danse, alors que j’ai commencé en
2006 dans les cafés et bars parisiens, signifie pour moi, qu’entre mes débuts
et maintenant j’ai franchi énormément d’étapes. Je suis particulièrement fière
de tout ce chemin parcouru car c’est le fruit d’efforts personnels. J’ai décidé
de tracer ma route et sur celle-ci j’ai croisé toutes les personnes qui
m’accompagnent dans ce projet.
Ce 3e concert au Café de la danse, pour la sortie de mon 2e
album est un bel accomplissement. J’espère qu’il sera beau et qu’il ne sera pas
le dernier.
Votre discographie s'étoffe. Imaginez que vous
devez partir sur une île déserte avec une seule chanson, ce serait laquelle ?
Aujourd’hui, le titre qui me vient en tête pour répondre à cette question
c’est Bol'a ngu, le premier titre sur mon précédent album Métiani.
Nous vous souhaitons de joyeuses fêtes de fin d'année. L'année 2018 s'annonce riche en événements culturels. Parmi ces événements, un concert à ne pas rater : 'Clair de Lune' au Café de la Danse, à Paris, qui réunit la chanteuse gabonaise Tita Nzebi, le chanteur béninois Serge Ananou et le chorégraphe ivoirien Alphonse Tierou pour un spectacle complet, où chant et danse seront à l'honneur. Réservations à la fnac, sur fnac.com ou encore Digitick.
1/ Bonjour Tita Nzebi, merci de nous accorder cet entretien : Vous avez chanté au Café de la Danse dans le cadre du spectacle pour le Gabon ‘Une Aurore se Lève’ le 21 janvier dernier. Les retours sont d’ores et déjà nombreux, au sujet de cette date annoncée comme historique. Comment vous sentez-vous après cette date ?
Bonjour Christian. Avant de répondre à votre question permettez-moi de vous remercier à mon tour car vous me donnez l’occasion de rencontrer vos abonnés. C’est un honneur.
Comment je me sens après cette date ? Honorée et émue par le nombre important des spectateurs qui sont venus nous voir et par l’atmosphère qui se dégageait de cette salle. Quelque chose de prenant, d’incroyable. Incroyable d’abord parce que nous n’avions que 2 mois à peu près pour organiser ce concert. On ne peut pas dire que nous, artistes qui étions sur cette affiche soyons extrêmement connus en France. Pour ces raisons, c’était déjà téméraire de s’attaquer à cette salle. D’autre part ce concert avait une connotation politique clairement affichée (même si au mot politique je préfère le mot citoyen). Cet engagement politique et/ou citoyen aurait pu être un frein vis-à-vis de certaines personnes physiques ou morales ; peut-être que ça l’a été mais d’autres sont venues et elles étaient nombreuses. Enfin, le Gabon, pays pour lequel ce concert a été organisé n’est pas le pays le plus connu d’Afrique et peu de gens connaissent la situation difficile qu’il traverse aujourd’hui.
Ce sont là des éléments qui auraient pu faire de ce concert un échec mais il a été un succès bien au-delà de ce que nous espérions. Pour cela je voudrais encore remercier tous ceux qui, par leur présence, ont fait de ce Café de la danse une réussite.
2/ Croyez-vous que la culture peut faire avancer les choses, peut, parlons clairement, participer à l’effondrement d’une dictature, même inavouée (pour paraphraser votre chanson)
Définitivement oui. C’est d’ailleurs pour cette raison que beaucoup d’acteurs culturels ont de tout temps été victimes de la censure et autres harcèlements des pouvoirs qu’ils dérangeaient. La culture a indéniablement un pouvoir immense même si, pour ce qui est de la musique, beaucoup pensent qu’elle n’est là que pour divertir ce qui n’est pas vrai. Même dans nos sociétés traditionnelles la musique a un rôle social reconnu. On ne chante pas, on n’utilise pas les tam-tams uniquement pour danser ou faire danser mais aussi pour accompagner et soutenir les efforts physiques dans les travaux champêtres par exemple, pour annoncer un décès et accompagner une dépouille, célébrer la naissance des jumeaux, louer Dieu, les Dieux ou les esprits etc. ET à chacun de ces moments correspondent souvent des répertoires bien particuliers. Chez les Nzebi (le peuple dont je suis issue) vous ne pouvez pas chanter une chanson dédiée à la naissance et la célébration des jumeaux dans une circoncision, par exemple, et vice versa.
Oui la culture peut participer à l’effondrement des dictatures comme elle participe à la construction des sociétés et des identités.
3/ Quels sont vos projets ?
Par rapport à mon pays d’origine j’entends bien continuer à participer aux actions menées par la diaspora Gabonaise de France, notamment en région parisienne, mon lieu de résidence. Il s’agit principalement des marches qui partent de la place du Trocadéro à l’ambassade du Gabon au 26 bis avenue Raphaël dans le 16e arrondissement de Paris. Ces marches ont lieu tous les samedis depuis début septembre. Il s’agit aussi de différentes conférences qui sont organisées un peu partout en France par des Gabonais en vue d’informer le plus grand nombre sur le déni du droit des Gabonais à disposer d’eux-mêmes et sur les nombreuses violations des droits de l’Homme actuellement en cours au Gabon. Avec François N’Gwa, Jann Halexander, Chyc Polhit et Jearian nous envisageons un autre concert ‘Une aurore se lève’ probablement au Café de la danse encore, nous y réfléchissons.
Le parlement de l’Union Européenne a voté aujourd’hui, à une écrasante majorité une résolution qui remet clairement en cause la légitime du pouvoir actuellement en place au Gabon, dénonce les meurtres qui ont eu lieu après la proclamation des résultats douteux de la dernière élection présidentielle au Gabon et demande l’ouverture d’une enquête internationale indépendante pour faire la lumière sur ces assassinats. Cette résolution n’est certes pas contraignante mais c’est une belle victoire pour nous et cela nous encourage à rester mobilisés afin que notre pays sorte de l’impasse actuelle et que pour une fois, le Gabon soit dirigé par des personnes choisies par les Gabonais et non par ceux qui s’imposent ; c’est le cas depuis trop longtemps.
Je profite donc de cette tribune pour remercier les députés Européens pour ce vote, remercier aussi tous ces Gabonais exceptionnels qui sont mobilisés à travers le monde depuis des mois pour notre pays. Cette victoire est aussi la leur, certainement même.
A titre personnel j’ai des concerts prévus en France à partir du mois de mars, le détail des dates et des lieux sera communiqué bientôt. Je dois aussi me rendre à Calcutta pendant une dizaine de jours pour un festival.
Voilà ce que je peux dire pour l’instant à propos de mes projets, en vous remerciant pour la tribune que vous m’avez offerte.
Merci ! C. de Montagu
de gauche à droite : Jearian, Tita Nzebi, Jann Halexander, François Ngwa, La Rotonde, 01/02/2017
Gabon : ''Une Aurore se Lève' au Café de la Danse (Paris) - 21 Janvier 2017
« L’art, c’est le plus court chemin de l’homme à l’homme » – André Malraux
Il y a encore des peuples à qui l’on nie le droit de disposer d’eux-mêmes. Le peuple gabonais en fait partie mais peu le savent, peu en ont conscience. Pour informer sur la situation actuelle de leur pays, 5 artistes gabonais seront au Café de la danse à Paris, le 21 janvier.
François N’Gwa
Né à Port Gentil au Gabon, plongé très tôt dans l’univers de la musique, François N’Gwa revendique dès l’origine une double influence artistique : Les rythmes anglo-saxons et la pure tradition de la musique africaine, en particulier gabonaise. Ses premières compositions témoignent déjà de la richesse née de cette fusion entre les deux genres musicaux.
Jann Halexander
« On ne construit pas une œuvre avec de bons sentiments » disait-il à un journaliste de France 3 il y a quelques années. Jann Halexander a choisi un parcours artistique inclassable, un répertoire de chansons provocantes, émouvantes, parfois drôles : « à table », « aucune importance », « Papa Mum ».
Tita Nzebi
C’est un petit bout de femme, à la voix étonnement puissante. Elle a une extraordinaire présence sur scène et on a l’impression de la connaître depuis toujours. Il y a ainsi parfois des rencontres magiques, avec des personnes qui rayonnent de quelque chose d’extraordinaire. Tita est de celles-là.
JeaRian
Chantant principalement en langue fang, JeaRian a un univers qui se veut être une rencontre de cultures. Influencé par les musiques africaines et la musique country, il choisit de définir sa musique par un mot qui désigne, non pas un style musical, mais l’intention qui l’anime : ékaza-folk (ékaza : le pont, la passerelle).
Chyc Polhit
« Je conte pour changer le monde »
Le silence du monde est une aubaine pour toute dictature. Dénoncer une dictature de quelque façon que ce soit c’est déjà l’affaiblir et ainsi contribuer à libérer un peuple. Nous espérons que 500 personnes éprises de liberté se joindront à nous de donner un éclat particulier à ce concert.